Soutien des employeurs pour une meilleure prise de décisions concernant les demandes de prestations du Régime de RPC et du RRQ

Par: Paul Rossi, et Janice Holman, CFA, CFP

La plupart des Canadiens actifs âgés de 18 ans et plus sont tenus de cotiser au Régime de pensions du Canada (RPC) ou au Régime de rentes du Québec (RRQ) lorsque leur revenu annuel dépasse 3 500 $. Les employés et les employeurs cotisent chacun 5,95 % (6,3 % pour le RRQ) des revenus de travail jusqu’au maximum des gains admissibles (MGA – 74 600 $ en 2026) et 4 % entre le MGA et le maximum annuel supplémentaire (85 000 $ en 2026). Les prestations peuvent être versées dès l’âge de 60 ans et jusqu’à l’âge de 70 ans pour le RPC, ou jusqu’à l’âge de 72 ans pour le RRQ, le montant reçu dépendant des cotisations, de l’historique des gains et de l’âge auquel la demande est présentée. Le fait de commencer à toucher les prestations entre 60 et 65 ans entraîne une réduction permanente de la rente de 7,2 % par année, tandis que le fait de commencer à les toucher entre 66 et 70 ans (72 ans pour le RRQ) entraîne une augmentation permanente de la rente de 8,4 % par année.

Pour de nombreux Canadiens, le Régime de pensions du Canada (RPC) ou le Régime de rentes du Québec (RRQ) constituera l’un de leurs actifs de retraite les plus précieux, leur assurant un revenu stable et indexé selon l’inflation jusqu’à la fin de leur vie. Cependant, beaucoup ne comprennent pas à quel point le choix du moment où ils demanderont ces prestations est déterminant pour leur sécurité financière globale à la retraite.

Il ne s’agit pas seulement d’une question individuelle. Pour les employeurs, aider les employés à mieux comprendre quand et comment demander cette prestation peut contribuer à une meilleure préparation à la retraite, à des transitions professionnelles plus harmonieuses et à de meilleurs résultats dans le cadre des programmes de retraite qu’ils offrent déjà.

Pourquoi tant de Canadiens anticipent la demande de leur rente?

Une étude menée par l’Institut national sur le vieillissement (NIA) suggère que la demande hâtive est la norme. Environ 90 % des Canadiens commencent à toucher leurs prestations du RPC ou du RRQ avant ou à l’âge de 65 ans, et bon nombre d’entre eux prennent cette décision sans bénéficier de conseils ou d’une analyse approfondie. Selon cette étude, seul 1 bénéficiaire sur 7 déclare avoir consacré beaucoup d’efforts à la décision du moment où demander ses prestations du RPC (RRQ), et près de 40 % n’ont consulté personne dans le cadre de cette prise de décisions.

Trois stratégies courantes qui influencent les décisions hâtives en matière de demande de rente.

À première vue, ces stratégies semblent raisonnables. Cependant, elles amènent souvent les employés à se concentrer sur le mauvais risque. Un calcul du point d’équilibre peut accorder trop d’importance à la possibilité d’un décès hâtif et sous-estimer l’incidence financière de vivre plus longtemps que prévu. De même, l’argument consistant à « retirer les fonds et les investir » repose souvent sur l’hypothèse que les placements généreront les rendements attendus sans tenir pleinement compte du risque de marché nécessaire pour les obtenir, ni de la valeur de la protection contre l’inflation et de la garantie à vie offertes par le RPC ou le RRQ.

Les employés peuvent également s’inquiéter de la viabilité à long terme du RPC ou du RRQ. Une sensibilisation fondée sur des données probantes peut contribuer à dissiper ces inquiétudes en expliquant que le RPC et le RRQ font l’objet d’examens actuariels réguliers, qu’ils sont financés séparément des comptes d’opération du gouvernement et qu’ils ont été soumis à des analyses visant à garantir leur viabilité pour au moins les 50 prochaines années.

L’intérêt de reporter le versement des prestations du RPC et RRQ

Le report de la rente ne convient pas à tout le monde, mais les avantages potentiels peuvent être considérables. Une personne qui reporte sa rente de 60 à 70 ans peut recevoir plus du double de la rente mensuelle qu’elle aurait perçue à 60 ans. Ce montant plus élevé est versé à vie et augmente en fonction de l’inflation.

Une étude menée par la chercheuse résidente d’Eckler, la Dre Bonnie-Jeanne MacDonald, montre qu’une personne dont le revenu aux fins du Régime de pensions du Canada (RPC) se situe à la médiane et ayant une espérance de vie moyenne pourrait bénéficier d’un revenu garanti à vie supplémentaire de plus de 100 000 $, en dollars d’aujourd’hui, en reportant le début de ses prestations de 60 à 70 ans. Pour les femmes, pour qui l’espérance de vie est plus longue, ce montant est encore plus élevé. Pour de nombreux employés, peu d’autres décisions relatives à la retraite offrent un tel potentiel d’augmentation du revenu garanti.

Pour les employeurs, l’avantage est indirect, mais tout aussi important. Les employés qui bénéficient d’un revenu garanti plus élevé peuvent se sentir plus en confiance quant au moment de prendre leur retraite, ressentir moins d’anxiété à l’idée de quitter le marché du travail et avoir une vision plus claire de la place qu’occupe le régime de retraite de leur employeur dans leur stratégie globale de revenu à la retraite.

Redéfinir le rôle du RPC et du RRQ

Ces deux régimes sont des programmes contributifs, fondés sur les revenus, qui offrent un revenu viager garanti indexé à l’inflation. C’est ce qui distingue le Régime de pensions du Canada (RPC) et le Régime de rentes du Québec (RRQ) de la plupart des régimes d’épargne personnels : il ne s’agit pas simplement d’actifs de retraite, mais d’une source de revenu prévisible qui se maintient quelle que soit la durée de vie du retraité.

Cette distinction est également importante pour les employeurs. Les régimes de retraite en milieu de travail mettent souvent l’accent sur les soldes des comptes, les taux de cotisation et les rendements des placements. Bien que ces éléments soient essentiels, ils ne donnent pas une vision complète de la préparation à la retraite. Les employés doivent également comprendre comment les sources de revenu garanti peuvent les aider à couvrir leurs dépenses essentielles, à réduire leur exposition à la volatilité des marchés et à se prémunir contre le risque d’épuiser leur épargne avant la fin de leur vie.

Un revenu garanti et indexé à l’inflation joue un rôle fondamentalement différent de celui des actifs de placement investis. Alors que l’épargne peut contribuer à financer les dépenses discrétionnaires, une base de revenu solide procure la confiance que les dépenses essentielles seront couvertes, quelles que soient les conditions des marchés, l’inflation ou la longévité.

Le cadre de référence sur le revenu de retraite de l’Institut national sur le vieillissement (NIA), récemment publié, propose une approche plus pratique pour conceptualiser les sources de revenu. La « fondation » du revenu comprend des sources viagères garanties, telles que le RPC/RRQ, la Sécurité de la vieillesse, les régimes de retraite à prestations déterminées offerts par l’employeur et les rentes viagères. Cette fondation peut fournir un revenu mensuel à vie pour couvrir les dépenses courantes. Les « réserves pour dépenses » comprennent les régimes enregistrés d’épargne-retraite (REER), les fonds enregistrés de revenu de retraite (FERR), les comptes d’épargne libres d’impôt (CELI), la valeur nette de la résidence et d’autres formes d’épargne. Ces « réserves pour dépenses » peuvent fournir des ressources financières souples pour les dépenses non courantes. Aider les employés à comprendre comment ces éléments s’articulent entre eux peut rendre la planification de la retraite plus concrète et favoriser des décisions plus éclairées au moment de demander leurs prestations.

Support aux promoteurs de régimes : une initiative à fort impact et rentable visant à préparer les participants à la retraite

Les promoteurs de régimes n’ont pas besoin de devenir des conseillers financiers personnels. De plus, contrairement à l’augmentation des prestations de retraite ou des cotisations patronales équivalentes, l’amélioration de l’information sur le RPC et le RRQ ne nécessite pas de financement supplémentaire du régime.

Les promoteurs de régimes peuvent jouer un rôle clé en repensant la communication sur le revenu de retraite, en sensibilisant les participants à l’importance des sources de revenu garanti, en corrigeant les perceptions erronées et en fournissant des outils ainsi que de la formation. Des communications plus larges sur le bien-être financier, des séances de formation ciblées, l’accès à des plateformes personnalisées de planification de la retraite et la modélisation individuelle du revenu de retraite peuvent aider les employés à mieux comprendre l’incidence des différents âges de demande des prestations et les stratégies permettant de combler leurs besoins de revenu lorsqu’il est avantageux de reporter le début des prestations. Le recours à une expertise externe en matière de planification financière, de modélisation de la retraite et de communications peut contribuer à améliorer les résultats pour les employés et à accroître le rendement du capital investi pour les promoteurs de régimes.

Que les promoteurs de régimes choisissent de mettre en place eux-mêmes des initiatives de soutien ou de s’associer à un tiers, l’accompagnement offert doit demeurer impartial. L’objectif n’est pas d’encourager tous les employés à reporter leur demande de prestations. Une demande anticipée peut s’avérer judicieuse pour les employés dont l’espérance de vie est plus courte, qui ont des besoins immédiats de liquidités, qui ont des dettes à taux d’intérêt élevé ou qui se trouvent dans d’autres situations personnelles particulières. Le but est plutôt d’aider les employés à comprendre les compromis associés aux différentes options afin qu’ils puissent prendre une décision éclairée concernant un choix qui aura des conséquences financières à long terme.

En tant qu’employeur, vous pouvez jouer un rôle important en fournissant à vos employés les renseignements et les outils qui leur permettront d’acquérir les connaissances et la confiance nécessaires pour poser des questions plus éclairées et obtenir des conseils d’experts lorsque cela s’avère approprié. Les promoteurs de régimes peuvent améliorer les résultats en matière de retraite, renforcer la confiance financière des participants et faciliter la transition entre la vie active et la retraite, sans pour autant augmenter les coûts du régime.

Ce numéro de Note sur les placements a été préparé à des fins d’information générale uniquement et ne constitue pas un conseil professionnel. Si vous avez besoin de conseils professionnels sur la base du contenu de cet avis, veuillez contacter un consultant Eckler.